Hier, les boulimiques cinéphiles que nous sommes avons découvert un lieu extraordinaire. Un endroit magique et hors du temps.
S'y rendre est un périple. Nous prenons le métro qui nous dépose à la station Namur, à la périphérie de la ville. Puis nous sortons dans le froid pour traverser un pont surplombant une immense autoroute bordée d'une zone commerciale à l'américaine. Nous marchons quelques minutes sous le regard des enseignes Wendy's, Burger King, Harvey's et Walmart pour atteindre un centre commercial désert, Peut-être parce qu'il est moche, ou bien que nous sommes un dimanche soir... Aucun plan n'indique l'objet de notre quête, mais nous ne nous décourageons pas. Et quelques instants plus tard, dans le dernier recoin du dernier couloir, il apparait : le Cinéma Dollar.
C'est un petit cinéma aussi modeste que vétuste, laissé dans son jus 80's et qui propose des places au tarif unique de 2,50$. L'endroit est tenu par un certain Bernie depuis 2004, un passionné de cinéma, qui estime que voir un film en salle ne devrait pas être un loisir dispendieux (c'est comme ça qu'on dit "cher" au Québec).
Bernie avant.
Bernie après.
Nous prenons deux places pour le dernier Clint Eastwood, "Sully" (pas encore sorti en France) avec un sachet de popcorn au beurre et le tout nous revient à moins de 5€. Nous ne verrons plus jamais la carte UGC Illimité de la même façon! Une vieille dame nous encaisse au même comptoir que celui des confiseries et note le nombre de spectateurs, non pas sur un ordinateur ou un registre, mais avec un stylo entre deux taches de gras sur une serviette en papier recyclé!!! Nous rentrons ensuite dans une salle étonnamment grande, entièrement vide de spectateurs et sans aucune lumière de service. La lumière blanche et rasante de nos téléphones portables révèle nombre de canettes et emballages abandonnés, des piles de choses non identifiées sous des bâches dans les coins, quelques strapontins cassés... Nous avons l'impression de faire de l'urbex et de pénétrer dans un cinéma abandonné et fantomatique. Surprise supplémentaire, le film démarre sans aucune publicité le précédant. Le type ne se fait aucune marge sur les tickets ni le pop-corn, mais en plus il refuse la pub!
La qualité de la projection est tout à fait correcte, Bernie n'a pas à rougir face aux salles de multiplexes. Bon, d'accord, l'écran est maculé de quelques taches suspectes et Tom Hanks donnait l'impression d'avoir mangé comme un cochon car sa chemise blanche de pilote met nettement en avant les dégoulinures. Sûrement les vestiges d'une émeute pendant La Passion du Christ.
La séance a un parfum d'Amérique du Nord, à l'écran comme dans la salle. Un Clint en déclin nous narre cinq minutes d'exploit aérien/terreur absolue dilués en une heure trente de bons sentiments, et à côté de nous, des Canadiens nourris au grain mettent leurs pieds sur les fauteuils, commentent chaque scène et répondent au téléphone sans la moindre gêne. Mais on s'en fiche! Pour ce prix là, on reviendra !
"On va le poser cet avion, Bobby, c'est moi qui te le dis...
Pour l'Amérique, la démocratie et l'amour de la moustache."




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